Comment perdre sa ligne de mouillage en traversée

Après plus de dix heures de traversée de Fuerteventura vers Gran Canaria, nous amarrons enfin notre voilier Silkap au ponton d’accueil au port de Las Palmas de Gran Canaria. Nous nous présentons à la capitainerie pour demander une place au port pour deux semaines. Il n’y a pas de place de libre. L’officier nous demande d’aller au mouillage et de revenir le lendemain matin pour voir si une place s’est libérée.

« Nous ne pouvons pas aller au mouillage, nous avons perdu notre ancre et chaîne de mouillage pendant la traversée ! » lui répondons-nous. Nous resterons alors pour la nuit au ponton d’accueil. L’urgence du jour suivant sera d’acheter le nouveau matériel en espérant que le shipchandler ait le modèle que nous voulons.

Mais comment peut-on perdre une ligne de mouillage alors qu’elle est attachée au bateau ? Nous avons déjà entendu quelques histoires à ce sujet mais sans savoir comment cela a pu arriver aux autres. Et maintenant, nous faisons parti de cette « élite ».

Une ligne de mouillage pèse lourd

Tout nous est arrivé en une fraction de seconde. Dajana avec son ouïe bien aiguisée entend soudainement un bruit anormal. Elle hurle : « On a touché quelque chose ! ». Le bruit faisait penser à un frottement contre un objet en métal. Ivo va à l’avant du bateau pour vérifier ce qui se passe. C’est notre ancre avec toute sa chaîne de 70 mètres qui s’est déversées en un rien de temps dans l’océan. La collision avec un objet flottant est donc écartée. Gros soulagement, nous n’allons pas couler.

Toute la ligne de mouillage pendouille maintenant au-dessous de notre bateau. Elle est solidement attachée avec un bout (une corde) de 10 mètres au fond de la baie de mouillage. A la vitesse à laquelle la chaîne est partie dans l’océan, il est spectaculaire que les crochets dans la baie de mouillage n’ont pas été arrachés. Ou pire, qu’une partie de la coque n’a pas été fissurée ou arrachée.

L’opération « sauvetage ancre et chaîne » peut commencer. Nous n’avons alors qu’à remonter les 10 mètres de bout, les 70 mètres de chaîne et l’ancre à bord et le problème sera réglé. C’est ce que nous avons bêtement pensé.

Nous avons une houle de 2.5 mètres et un vent au près de maximum 20 nœuds, rien d’inquiétant. Nous voulons tirer le bout à la main pour arriver jusqu’à la chaîne que nous pourrions ensuite monter avec le guindeau électrique. Quelle naïveté d’espérer de tirer sur une corde à laquelle est attaché un poids de 180 kilos (ancre de 25kg + 2.20kg x 70m de chaîne) et qui va à une profondeur de 70 mètres ! C’est comme si nous voulions remonter 2-3 adultes sur une corde jusqu’au 30ème étage d’un immeuble.

Un problème en navigation n’arrive jamais seul

Nous réduisons notre voilure, changeons le cap du bateau et mettons le moteur. Pendant que la houle balance le bateau, nous essayons de changer notre technique de sauvetage. Nous sommes également pressés par le temps car il nous reste encore sept heures de navigation et nous ne voulons pas arriver de nuit à destination.

Tout d’un coup, Dajana remarque que nos deux lignes de pêche à l’arrière du bateau ne sont pas rangées alors qu’elle l’a demandé. Nous essayons toujours de pêcher en navigation. Nous arrêtons le moteur aussi tôt. Connaissez-vous la loi de Murphy ? Selon elle, un problème en entraîne un autre, et puis un autre. Car un problème n’est pas un être solitaire, il aime se déplacer en groupe. En changeant de cap, nos lignes de pêche se sont prises dans quelque chose. La caméra GoPro plongée dans l’eau révèle qu’elles ne sont apparemment pas enroulées autour de l’hélice. Dans quoi sont-elles alors bloquées ? Nous les coupons.

Pour ne pas aggraver la situation et nous retrouver éventuellement avec une hélice hors d’usage et donc sans moteur, nous décidons de couper le bout qui tient notre ligne de mouillage. Qu’elle repose en paix au fond de l’océan ! RIP (rest in peace)

Faute à un manque de vérification ?

Le matin avant le départ pour la traversée, nous avons fait une vérification habituelle : instruments allumés, hublots et vannes fermés, tout rangé et protégé en cas de gîte du bateau etc. Et l’un des skippers a également demandé à l’autre : « L’ancre est-elle attachée ? ».

Elle l’était effectivement, avec un système de crochet et un bout. Même si ce n’est pas la première fois que ce système lâche et la chaîne se décroche, cette fois-ci, les dégâts sont bien plus graves.

Le grand inconnu : Que se serait passé si… ?

Dans toute cette histoire, nous avions de la chance d’avoir entendu le bruit de la chaîne qui se vidait dans l’océan. Autrement, personne ne se serait rendu compte de rien du tout. A part que le bateau aurait ralenti sa vitesse pendant la traversée. L’ancre aurait croché sur le fond ou un autre obstacle à l’arrivée dans la baie de Las Palmas de Gran Canaria. Comment aurait réagi notre bateau à ce « mouillage » inattendu à une profondeur de 70 mètres et à une vitesse entre 4 et 5 noeuds ?

Pour clore l’histoire, devinez où nous avons retrouvé les deux lignes de pêche ? Celles qui se sont crochées quelque part pendant notre mésaventure en mer et que nous ne comprenions pas où ? Après une petite plongée au port de Las Palmas de Gran Canaria, l’histoire d’être vraiment sûr, nous les avons bel et bien retrouvées autour de l’hélice.

Apprendre de ses erreurs = une école coûteuse

La navigation est comme tout autre métier. Nous appliquons ces deux méthodes qui ont fait leurs preuves : « apprendre en faisant » et « apprendre des erreurs ». Parfois celles-ci peuvent peser cher dans le budget : 1000 Euros pour notre nouvelle ligne de mouillage (ancre Rocna 25kg et une chaîne 60m de chaîne).

Qu’avons-nous mis en place par la suite ?

1. Attacher l’ancre solidement

L’ancre est maintenant directement attachée avec un bout au bateau et avec un nœud solide. La chaîne ne pourra pas glisser ou se soulever du barbotin avec les secousses du bateau.

2. Vérifier le bateau à deux avant chaque navigation

Nous vérifions maintenant le bateau ensemble selon une procédure établie ce qui nous fera moins de scènes de ménages au cas où l’un de nous deux aurait oublié de vérifier telle ou telle chose.

3. Vérifier le bateau selon la méthode de la femme de chambre

Pour ne rien oublier, une femme de chambre passe au crible une chambre de droite à gauche (ou de gauche à droite). Avant, nous vérifions d’abord les instruments, ensuite les hublots, les vannes etc. Maintenant, nous vérifions notre voilier partant de l’arrière tribord, passant par le milieu et l’avant tribord, l’avant bâbord et ainsi de suite.

4. Vérifier tout de suite la compatibilité de l’accastillage acheté

Les shipchandlers proposent un vaste choix pour une pièce donnée. Parfois même un millimètre de différence dans les dimensions peut rendre une pièce inutilisable sur votre bateau.

Après la perte de notre ancre, nous avons acheté une nouvelle. C’était une Rocna de 20kg qui selon les indications devait être suffisante pour le tonnage de notre voilier. Après plusieurs recherches sur internet, nous avons finalement échangé cette ancre contre une de 25kg. Elle nous donnera plus de sécurité car les conditions de mouillage peuvent devenir parfois extrêmes (beaucoup de houle, fortes rafales, grande profondeur). Un premier test au mouillage avec des rafales à 27 nœuds a été concluant.

Par contre, nous n’avons pas vérifié si la chaîne était adaptée à notre barbotin du guindeau. Comme nous avions une chaîne 10mm, nous avons acheté le même diamètre. C’est bien plus tard en faisant un mouillage que nous avons découvert que la nouvelle chaîne reste bloquée dans le barbotin du guindeau et ne tombe pas dans le puits. Pourtant, elle est calibrée et a le même diamètre que notre chaîne précédente. En attendant de trouver une solution, nous devons lever la chaîne au mouillage à la main.

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