Itinéraire de notre tour du monde à la voile et en couple

Quel itinéraire pour un tour du monde en voilier au long cours

Faire un TDM en voilier. TDM pour dire Tour Du Monde. C’est le rêve de certains. Mais ce n’était pas du tout le nôtre. Quand on mène une vie bien routinière, personne ne pense à tout quitter et à se lancer dans un long voyage. Quelle idée folle que d’interrompre une carrière professionnelle !

Jusqu’à ce que le destin s’en mêle. Burn-out, perte d’emploi, vie personnelle chaotique… Dans ces moments, on cherche des solutions alternatives. On cherche du sens à sa vie. Ces moments compliqués dans nos vies nous ont mené à la meilleure décision : tout quitter pour faire le tour du monde en couple. Si vous voulez en connaître les raisons, nous avons écrit un article à ce sujet : 5 raisons pour faire le tour du monde avant la retraite.

Pourquoi voyager en voilier ? Quand on est marin, la question ne se pose pas. Et si nous vous disions que nous n’avons jamais mis les pieds sur un voilier auparavant ? L’idée de voyager autour du monde en voilier nous est venue suite à la lecture d’un récit de voyage. Nous vous en parlons dans l’article Tout quitter pour partir en tour du monde : notre histoire.

Voyage en voilier au long cours

Souvent, le voyage est associé à une année sabbatique, voire deux années. Dans notre cas, cette solution n’était pas envisageable, nous n’avions plus de travail fixe. De plus, la Suisse, où nous vivions, n’offre pas la possibilité d’une année sabbatique. Alors, nous avons décidé d’investir toutes nos économies dans un voyage à durée indéterminée.

Il durera le temps qu’il durera. Mais il y a une condition. Nous voyagerons lentement pour profiter des destinations. D’autant plus, qu’un voilier ne va pas très vite. Entre 10 et 13 km/h (5-7 nœuds). Et peut-être qu’au cours de notre voyage, nous trouverons une autre idée d’activité ou nous tomberons sur un paradis et y jetterons l’ancre pour de bon. Qui sait ?

L’objectif, c’est de partir autour du globe pour 5 à 10 ans. Tant que le budget, la santé et l’envie nous le permettent. Ivo touchera ensuite une petite retraite et pour Dajana, qui sera encore loin de la retraite, on verra bien. De toute manière, plus rien n’est sûr de nos jours. La crise sanitaire du covid-19 en est bien la preuve.

Nos contraintes lors de la grande croisière à la voile

Un voyage en voilier, ça se prépare à l’avance. Quand on a zéro connaissance en voile et quand on n’a pas encore de voilier comme nous (c’était en 2014), alors les informations se dénichent sur les blogs tdm en voilier, les récits de voyage et dans les vidéos YouTube. Et là, c’est la surprise ! En voilier, on ne peut pas aller où on veut, quand on veut et dans la direction qu’on veut. Nous serons soumis à plusieurs contraintes lors de notre voyage

1. Voilier en polyester

Le type de la coque du bateau dicte déjà le type du voyage. Notre choix s’est porté sur un voilier en polyester (plastique). Un Bénéteau Océanis 440, longueur de 44 pieds (13 mètres). D’une part parce que notre budget est limité. Un bateau en polyester est moins onéreux qu’un bateau en acier ou en aluminium. D’autre part parce que nous souhaitons naviguer dans les eaux tempérées et tropicales. Dans ce cas, une coque en plastique suffit amplement.

Bénéteau Océanis 440 - voyager en voilier

2. Direction des vents et des courants

Les océans sont tellement vastes et pourtant, on ne peut naviguer que dans un sens bien précis. C’est une histoire de vents et de courants. Sur les grandes distances et les navigations de plusieurs jours voire plusieurs semaines, on cherche à avoir du vent arrière. La navigation est ainsi plus confortable. Se battre contre le vent, le courant et les vagues est par contre très éprouvant, pour l’équipage et pour le bateau.

Sur le globe, la direction des vents sur les océans est bien connue. Les vents vont toujours dans un certain sens. Et lors des grandes traversées, il faut aller dans cette même direction. Voilà pourquoi on peut par exemple traverser directement des îles Canaries aux Caraïbes mais pas faire le chemin inverse des Caraïbes aux Canaries. Pour ce faire, il faudra faire un gros détour par les Açores.

Carte des vents. Source: lavie.fr

Si vous ne connaissez rien à la voile, voici une carte des vents. Les voiliers suivent ce même chemin. Et nous n’échapperons pas à cette règle.

3. Saisons cycloniques

Sur le continent européen, nous avons des saisons. Autour des tropiques, il existe des saisons également. Mais au lieu d’avoir de la neige, il y a des cyclones. Pas besoin de vous faire un dessin des ravages qu’un cyclone peut provoquer. Les périodes cycloniques sous les tropiques sont bien connues. Les navigateurs quittent à ces périodes les zones qui y sont sujette pour mettre leurs voiliers à l’abri.

Carte des cyclones dans la Caraïbe 2012-2017
Cyclones majeurs dans la Caraïbe de 2012-2017. Source : ERCC portal

Malgré qu’il existe des trous à cyclones dans ces zones, c’est-à-dire des endroits mieux abrités contre les cyclones, nous ferons comme la plupart des tourdumondistes. Nous quitterons les zones cycloniques pendant la saison des cyclones.

Il y a une très bonne raison à cela. Nous n’avons aucune envie de perdre notre maison et tous nos biens. Notre voilier est tout ce que nous possédons. Ce n’est même pas une question d’assurance. Car après avoir quitté les Canaries, nous n’avons plus d’assurance, seulement la responsabilité civile. Aucune assurance ne voulait assurer notre voilier de 29 ans dont la valeur est de moins de 100 000 €. Et nous ne sommes pas les seuls dans ce cas.

4. Sécurité

En avion, en camping-car ou en bateau, certains pays sont à éviter. L’insécurité, du racket, l’instabilité politique ou le piratage, il faut faire le tri dans les pays à visiter. Ca ne vaut pas la peine de se faire des frayeurs, de se faire attaquer sur son voilier et se faire voler des choses. Nous éviterons toute destination à risque, aussi minime qu’il soit. Comme nous voyageons lentement et passons beaucoup de temps à un endroit, nous aurons déjà du mal à bien visiter les pays considérés comme sûrs. Il est préférable de voir moins mais mieux.

Comment peut-on connaître les pays à risque pour les voiliers de plaisance ? Car la situation d’un pays peut très vite changer. Le site www.noonsite.com rassemble toutes ces informations utiles aux navigateurs.

5. Facilité des démarches

Voyager cool sans se prendre la tête et sans trop de paperasse, c’est notre but. Chaque pays a ses propres règles pour les voiliers. Entre les douanes, l’immigration, les autorités portuaires, des tonnes de papiers à remplir, des heures à attendre pour obtenir des autorisations et des centaines d’euros à débourser, nous ferons des choix entre les pays à voir.

En dehors de ces démarches (clearance) compliqués, nous avons rayé de notre choix d’autres pays comme les Etats-Unis et le Canada. Car pour y aller, il nous faudra avoir une assurance voilier et maladie-accident supplémentaires et plus onéreuses.

Itinéraire de notre tour du monde en voilier en couple

Eliminer certaines routes et destinations de notre parcours autour du monde réduit déjà les possibilités. Finalement, nous resterons dans les grands classiques de la grande croisière, ces itinéraires que la plupart des navigateurs empruntent. Par conséquent, pas besoin de se casser la tête ou d’inventer.

Alors, à quoi ressemblera notre tour du monde en couple à bord de notre maison flottante ? Voici notre trajet théorique imaginé avant d’avoir largué les amarres en septembre 2018 au sud de la France.

Planning théorique de notre tdm en voilier

  • sept. 2018 – déc. 2019 : sud de la France, îles Baléares, sud de l’Espagne, Gibraltar, Portugal, îles Canaries, Cap Vert
  • déc. 2019 : traversée de l’Atlantique (2-3 semaines)
  • 2020 : Petites Antilles des Iles Vierges Britanniques jusqu’au Tobago (les Caraïbes), îles ABC (Aruba, Bonaire, Curaçao), Panama
  • 2021 : traversée du Pacifique (1 mois)
  • 2021 – 2024 : Polynésie française
  • et ensuite : îles du Pacifique : Tonga, Fidji, Wallis et Futuna, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie
  • Nouvelle Zélande
  • Australie

Comme vous le voyez, il faut du temps pour faire le tour du globe. De plus, nous avions une prérogative au début de notre voyage. En tant que débutants en voile, il nous fallait apprendre à naviguer, prendre en main notre voilier et déceler d’éventuels problèmes afin de les réparer avant la traversée de l’Atlantique. C’était l’objectif de notre première année de navigation et la raison pour laquelle nous sommes restés 10 mois aux Canaries.

Entre envies et réalité

Justement, qu’en est-il de ce que nous avons prévu ? Une phrase que nous avons découverte lors de notre voyage résume parfaitement la situation sur un voilier. Les plans des marins sont écrits dans du sable à marée basse. Ils changent en permanence.

A l’heure où nous écrivons cet article, covid-19 a changé les plans de beaucoup de gens. Certes, les nôtres aussi. Bloqués pendant 2 mois et demi en Guadeloupe, les îles des Petites Antilles qui restent fermées, nous n’avons pas pu visiter la moitié de ces îles. Pas grave en soi, en tant que voyageur au long cours, nous resterons une année de plus aux Antilles ce qui repoussera notre traversée du Pacifique en 2022.

Toutefois, d’autres facteurs modifient l’itinéraire et le rythme du voyage. Ils sont imprévisibles mais il faut les prendre en compte.

La météo

Un voilier dépend directement des conditions météorologiques. Parfois, on reste bloqué à un endroit, parfois on ne peut pas débarquer à terre, parfois on doit carrément renoncer à une destination. Vous ne pouvez même pas imaginer combien de fois nous étions frustrés de voir nos plans chamboulés et itinéraire modifié à cause de la météo.

Les réparations

Qui aurait imaginé que nous allions passer autant de temps à réparer les choses sur le bateau qui tombent en panne ou se cassent. Et cela impacte à nouveau tout ce qu’on prévoit.

Pour vous donner un exemple, juste avant le départ pour la traversée des Canaries vers le Cap Vert, nous sommes restés bloqués au chantier pendant 9 semaines.

Réparations du safran et du tube d'étambot sur Bénéteau Océanis 440 aux îles Canaries
Immobilisation avant la transatlantique pour lourdes réparations imprévues

Ce que devait être une simple pose d’antifouling de quelques jours (mettre une peinture qui empêche la pousse des algues sur la coque) s’est transformé en une refonte complète du safran (aileron qui dirige le bateau) et d’autres lourds travaux imprévus. Cela a raccourci ensuite notre séjour au Cap Vert de deux mois et c’était bien frustrant car nous n’avons pas pu voir toutes les îles.

La fatigue

Voyager, c’est fatiguant. On a envie de visiter, d’explorer, de randonner. La navigation et le mouvement incessant du voilier fatiguent également. Le corps nécessite ensuite plusieurs jours de repos.

Les rencontres et le charme des lieux

Le plus difficile dans le voyage, c’est de choisir ses destinations. Même si l’itinéraire est fixé, il y a tellement d’îles et de pays à voir. Bien évidemment, on peut lire les blogs de voyage pour se faire une idée. Mais finalement, nous avons trouvé une bien meilleure méthode. Demander aux autres navigateurs et voisins de mouillage. Ils n’ont pas de blog, cependant ils sont toujours de bon conseil pour les endroits à voir. Et ça fait gagner beaucoup de temps.

Voyager lentement procure une grande liberté et flexibilité. Nous avons moins de stress et moins de contraintes. Même si nos proches nous le demandent souvent, il est impossible de prédire où nous serons et à quel moment exactement. Nous ne savons pas combien de temps nous voyagerons. Peut-être que nous n’arriverons pas à aller jusqu’en Australie.

De toute manière, notre objectif n’est pas de voir le plus d’endroits possibles mais de profiter de la vie. C’est un luxe que nous avons appris à apprécier au cours du voyage et que nous n’avions pas dans notre ancienne vie d’employés stressés.

Comments

  1. Giani

    Comme d’habitude (disait Cloclo) plein de bon sens, d’informations intéressantes et sûrement utiles à ceux qui voudraient vous imiter (même si vous êtes inimitables), plein de sagesse et un ressenti du bonheur que vous vivez.
    Surtout ne changez rien continuez à apprécier les bons moments et à surmonter les moins bons avec votre ténacité et votre courage.
    Bonne continuation et BON VENT
    Gros bisous de Genève

    1. sv.silkap

      Coucou Giani, de par nos articles et photos on essaye d’inspirer d’autres personnes comme nous qui avons été inspirés par d’autres.
      Carpe Diem, on ne change rien et on profite de la vie tous les jours. Sans les mauvais moments on ne pourrait pas apprécier les bon moments ;-). Heureusement que les bons moments compensent largement les mauvais ! On t’embrasse très fort

  2. Great article!!! 👍👍👍 Really good overview. I can 100% relate to it. ⛵️

    1. Dajana

      Danke Annemarie. Für euch ist es wahrscheinlich dasselbe. Und vor allem keinen Stress haben. Schöne Reise!

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